L’activité art-thérapeutique et sa finalité:
Abusé par l’inflation du langage introduit et imposé par les pères fondateurs de l’ordre culturel, le courant de la pensée dominant a proclamé que « tout est langage ».
En effet, tout est langage en apparence, parce que le terrorisme du langage y oblige les hommes en société. Le délire lui aussi, est langage, mais n’est-il que cela ?
L’honnêteté nous force à reconnaître la part du « passage à l’acte » dans le délire : le délire relève assurément de la jouissance verbale pourrie par la Loi. C’est ce qui autorise à relativiser la position thérapeutique qui considère la parole comme la voie d’approche sinon exclusive, du moins privilégiée, de toute prise en charge.

L’art-thérapie, la dernière née des techniques thérapeutiques, trouve sa justification dans la prise de conscience de l’insuffisance de la technique psychanalytique, fondée sur l’exploitation de la seule parole.
L’art-thérapeute a la conviction profonde que la thérapie qui utilise le support artistique comme médiation des symptômes répond à une nécessité complémentaire à la technique verbale car tout dans le malade n’est pas mis en mots et en discours, loin s’en faut. Le psychotique a souvent des talents d’orateur. Cependant sa parole est vide, parce qu’elle ne possède pas de substrat formel généré par la médiation du Nom-du-père : elle ne tire son enthousiasme entraînant que de s’originer dans le désir de toute-puissance, d’essence magique.

C’est, en effet, la fonction spécifique de l’activité artistique médiatisée par le Nom-du-père, de donner forme aux pulsions de destruction-jouissance rebelles au langage verbal, et d’introduire le créateur au Système Symbolique qui structure la réalité sociale.
Cette quête héroïque du langage verbal dans sa plénitude, connaîtra son acmé dans l’affrontement de l’impétrant avec la « Pierre » représentant imaginaire de la Grande Mère et de ses substituts : les femmes phalliques d’aujourd’hui.
Le patient en art-thérapie atteint son but en pulvérisant la Pierre qui symbolise la mère phallique. L’angoisse persécutrice qui résulte de l’opération et qui fait penser aux tourments des Erynnies, est ce qui pousse le patient coupable de matricide, à récupérer les déchets de la mère anéantie, et à s’engager dans la voie de la réparation, au moyen de la création des formes significatives dont la lecture est à l’origine du Système symbolique.
Ainsi l’art-thérapie permet-elle à l’homme captif du système sadique-anal d’émerger au Symbolique et de conquérir sa pleine et entière humanité.

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